lundi 10 janvier 2011

Émile Couture : homme de patrimoine et d’humour



Membre fondateur de Machines d’Antan de l’Estrie, Émile Couture n’est plus. Du moins en cet espace terrestre. Cet homme de la terre et de traditions agricoles a manifestement contribué à la conservation du patrimoine agricole de la région. Profondément marqué par son jeune âge sur la ferme familiale de Johnville (Canton Eaton), il en aura conservé un fort attachement aux «choses» de l’agriculture et de la forêt, entre autres les machines agricoles. Sur son «domaine» agro-forestier de Barnston, il a constitué une collection d’objets anciens, dont quelques tracteurs McCormick des années 1940-1950, dont un Super W6 Standard et un autre ayant une valeur sentimentale particulière, un Farmall H acquis de son oncle Denis et sur laquel il a certainement développé, durant son jeune âge, ses habiletés légendaires de maniement d’instruments aratoires.

Mais Émile entretenait d’autres ambitions que l’exploitation d’une ferme. Le développement accéléré de l’économie québécoise des années 1960, surtout dans le domaine manufacturier, a attiré u
n bonne part de la jeunesse rurale vers d’autres horizons de métier, à l’époque, sans doute plus prometteurs et rémunérateurs que l’activité des champs. De 1964 à 1995, il a fait valoir ses talents de leader chez Waterville TG où il a gravi tous les échelons, du plancher de production à un poste de vice-président où il a été apprécié pour son entregent et sa facilité de communication avec les gros donneurs d’ordre le l’industrie automobile nord-américaine.

Riche de son vécu rural, bien ancré dans des valeurs familiales et ayant entretenu ses racines terriennes, Émile a longuement été préoccupé par la préservation des outils et des machines qui ont jalonné l’évolution de l’agriculture des Cantons-de-l’Est au siècle dernier (20e). Au début des années 1990, il se joignait à d’autres passionnés de sa trempe tout aussi animés par ce «devoir de mémoire» de notre passé rural. Le groupe fondait le club de collectionneurs Machines d’Antan de l’Estrie et une première expo était tenue à Compton en 1993. Le Club en est rendu à sa dix-huitième.
Ces dernières années, il a été vice-président du Club. Nous gardons d’Émile l’agréable souvenir d’un bon vivant doué d’un sens pratique à toute épreuve, d’une connaissance encyclopédique de la ruralité estrienne, d’un jugement éclairant et, surtout, d’un humour générant la contagion de la bonne humeur. Grand merci Émile pour ta présence rassembleuse parmi nous et ton enthousiasme à la conservation de notre patrimoine agricole.

JP Gendron
Machines d’Antan de l’Estrie
Janvier 2011

mardi 16 novembre 2010

Libérer ces ferrailles fortement grippées

Collectionneurs de machineries anciennes, nous avons tous vécu des épisodes stressants de dégrippage de pièces de métal, notamment des boulons, littéralement « soudées » par la rouille et autres effets oxydants du temps. Quand le WD-40 et autres lubrifiants aussi pénétrants que subtils ne font pas leur œuvre de séparation de pièces de métal incrustées des affres de l’humidité et du temps, et que malgré une torsion de 250 lbs de la clé dynamométrique (torque wrench) on arrive pas à libérer l’écrou de sa vis, on peut toujours envoyer la pièce maudite au recyclage… ou oindre l’objet de nos blasphèmes d’un « saint-crème » libérateur suggéré par notre ami Luc Grenier, un expert en rajeunissement des réguines d’autrefois.

Luc meuble ses insomnies des édifiantes lectures de Homeshop Machinist
http://www.homeshopmachinist.net/ ce qui lui permet au lever du jour de concocter des alchimies toutes indiquées au libre mouvement de pièces métalliques en frottement continu ou en position de serrage (vis, boulons, etc.). Aussi, basé sur un fait dont il est lui-même l’auteur, et preuve à l’appui, il a dégrippé un boulon qui n’inspirait aucune confiance quant à sa libération d’une vis de 5/8e de pouce, ou à peu près, avec seulement une tension de 50 lbs à la clé dynamométrique. Au préalable, il avait généreusement aspergé et imprégné l’objet ferreux d’une mixture libératrice 50-50 huile de transmission automatique-acétone (acétone -> http://fr.wikipedia.org/wiki/Ac%C3%A9tone ). Semble-t-il, cette recette vaut également pour libérer des pistons immobilisés dans leur cylindre. Où se procurer les ingrédients de cette prescription lubrifiante et toute indiquée pour la salutaire détente nerveuse du restaurateur des mécaniques et bidules anciens? Chez Canadian Tire ou sa compétition.

Par son exposé fort à propos à la réunion statutaire du 14 novembre devant quelques membres du Club, Luc nous a libéré une autre fois de certains stress qui infiltrent notre passion. Merci Luc!

JP Gendron
Novembre 2010

lundi 12 avril 2010

Du Massey-Harris prêt pour l’action

En cette matinée frisquette et pluvieuse d’avril, Delmar Fisher, un assidu du Club et collectionneur incorrigible de Massey-Harris (M-H), a reçu une vingtaine de membres, et quelques conjointes, pour une visite des antres abritant les objets de sa passion pour les mécaniques agricoles. Bien cachés sous abri ou presque dans l’espace agro-forestier de Bury, quelque vingt tracteurs, surtout des M-H, sont à divers stades de restauration. De la « ruine » prête à livrer ses organes à la machine à la peinture fraîche et chaussée en neuf, dont un 333, Delmar a fait étalage de ses connaissances et talents de restaurateur de tracteurs anciens. Plusieurs ont noté au passage que ses intérêts passaient parfois par du Fordson, du Ford 2N et du Farmall H. Au-delà de ces digressions bien avouées, notre ami Delmar fouille parfois dans les entrailles d’une Oldsmobile 1935, d’une presse à foin New-Holland du début des années 1950, d’un petit bulldozer INTER des années 1960, d’un tracteur à gazon électrique GE de 1969 ou d’un vieux camion militaire Ford de deux tonnes, avec conduite à droite, relique du conflit 1939-1945.

Mais si l’on en juge par les mécaniques et ferrailles en tout genre empilées à la lisière de sa forêt de conifères, Delmar n’est pas en manque de projets. Voilà déjà quatre générations que les Fisher construisent, cultivent, agrandissent, diversifient, développent ce plateau des Cantons-de-l’Est bien imprégné des traditions anglo-saxonnes en matière d’aménagement de l’espace. Et la passion de notre collectionneur de réguines agricoles contribue concrètement à l’entretien des patrimoines locaux. Bien protégées par un abri-entrepôt de 42 x 136 pieds sur dalle de béton et doté en appendice d’un atelier de mécanique de 18 x 20 pieds, les principales pièces de la collection ne subissent finalement que l’inconvénient de la poussière des ans. Certaines ne manquent jamais à l’appel pour une parade au village ou une expo régionale.

Pourquoi M-H? À cette question, Delmar est plutôt évasif. Son père et ses oncles tractaient avec du Cockshutt, un produit canadien englouti dans les fusions des compagnies de machineries agricoles des années 1960 et 1970. M-H était aussi de fabrication canadienne. Sans doute animé par son sentiment d’appartenance au pays de l’unifolié, il a été guidé par sa passion vers un « produit national ». D’ailleurs, un bref coup d’œil sur la littérature spécialisée qui consolide l’imaginaire de « l’homme M-H de Bury » permet de constater que ce dernier est friand de périodiques traitant du génie inventif canadien en ruralité.

Si, à l’instar des autres membres du Club, Delmar n’est plus une jeunesse, de toute évidence il garde la forme et son énergie est manifeste. Son œil vif couplé à ses habiletés et son imagination amène à penser que les machineries agricoles d’un autre âge, surtout à l’enseigne M-H, ont encore de l’avenir.

Merci Delmar pour ton accueil chaleureux et ce partage de ta passion.

JP Gendron
12 avril 2010

samedi 20 mars 2010

Gary Dunsmore : collectionneur enthousiaste d’outils

Ce dimanche 14 mars, Gary Dunsmore, passionné de longue date d’objets anciens et membre d’aussi longue date du Club, non moins très connaisseur en engins stationnaires, a de nouveau «enflammé» notre curiosité avec quelques modèles très représentatifs de l’évolution des «blow torches» (lampes ou torches à souder) au cours de la première moitié du 20e siècle. Gary nous a présenté, un à un, une vingtaine de ces instruments qui, à une époque pas si lointaine, garnissaient le coffre à outils des plombiers, des carrossiers, des «étameurs» et autres métiers nécessitant des habiletés dans la manipulation du plomb, de l’étain, voire de l’or et de l’argent (pour les dentistes), sous haute température.

Gary possède une centaine et plus de ces outils à souder et à modeler, tous de fabrication américaine ou
canadienne… bien que dans un cas, le génie allemand y est représenté. Chacun présente une ou des
caractéristiques qui lui sont propres en fonction du fabricant et de l’année de fabrication. Fonctionnant au kérosène, au naphta ou à l’essence, ces instruments sont d’abord constitués d’un réservoir (de différentes formes) généralement en cuivre, de un ou deux litres (approximativement) surplombés de l’appareillage (conduit, valve, tuyau, gicleur) pouvant dégager une flamme à la température nécessaire à la fonte ou au modelage de métaux non-ferreux s’apparentant au plomb ou à l’étain, ou à des alliages de cette nature, soit quelque 450-500 degrés F. Chacun possède, à une exception près qui est toujours un mystère pour Gary, une pompe à piston intégrée dans le réservoir et, pour des fabricants plus astucieux, dans la poignée. Rappelons que ces «torches» sont des instruments à main. Des marques : Butler, Mastercraft, Unique, National, Turner… et d’autres, autant d’instruments utiles à la construction, à la carrosserie, au modelage de
contenants (dont des bacs à bouillir l’eau d’érable), à la décoration (décapage) et… à la dentisterie.

Où Gary se procure-t-il ces outils passés à l’histoire? Il en a obtenu plusieurs du regretté Bill Kerr, un autre passionné d’objets anciens qui a laissé un « héritage » remarquable; il court évidemment les expos d’équipements «antiques»; et «fouine» bien sûr sur EBay. À l’état neuf, dans les années 1940, ces « torches » affichaient un prix variant de cinq à dix dollars. Aujourd’hui, sur les encans Internet, un collectionneur devra allonger de 50 à 200 $. Gary est-il le seul de son «espèce»? Paraît-il qu’un collectionneur US, Mel Rose, en possèderait 10 000! De quoi entretenir la flamme!

Gary, grand machiniste devant l’éternel, avec sa conjointe Linda, ont d’autres «intérêts conservationnistes» : leur garage-entrepôt bien ordonné recèle une bonne dizaine d’engins stationnaires, une collection de 75 huiliers en tout genre, une abondance certaine de fers à repasser remontant aussi loin que le début du 19e siècle et plus de 125 tasses de thé… question d’entretenir un certain «héritage british».

Merci Gary pour ton enthousiasme contagieux et cette leçon d’histoire de métiers!

JPG Mars 2010

En savoir plus : http://en.wikipedia.org/wiki/Blow_torch

Magnéto 101

Les douze membres du Club présents à la réunion mensuelle du dimanche 8 mars ont appris quelques notions de base sur les composantes et le fonctionnement des magnétos : magnétos d’engins stationnaires bien évidemment, aussi magnétos de tracteur, l’un et l’autre présentant quelques différences. Luc Grenier, fin connaisseur en cette matière, à l’instar des Gary Dunsmore et autres Gilles Marcil, nous a causé pendant plus de trois-quarts d‘heure sur l’entretien et la réparation de ces «générateurs» de courant d’allumage de nos machines antiques préférées… actionnées par un moteur à essence.

Le sujet est à la fois simple et complexe. Simple parce qu’il s’agit-là d’un élément d’électrification composé de quelques pièces généralement très accessible, attaché à la paroi du moteur. Complexe parce la résultante du magnétisme, des voltages et du faible ampérage produite par des pièces - certaines mobiles dans le cas des tracteurs - sensibles aux aléas de la poussière, de l’humidité et des éclaboussures d’huile, doit générer en fin de course la «spark» de qualité au moment voulu. Quand cet assemblage et cette production d’énergie font défaut, c’est là que Luc et ses « compères du magnéto » font valoir leurs talents, sinon leurs secrets, de
réparateur… dont il a livré quelques rudiments.

Luc s’est fait particulièrement insistant sur la protection des magnétos, sur engins ou sur tracteurs, contre l’humidité et les salissures d’huile contenant des particules métalliques, deux causes qui peuvent «grounder» le processus d’allumage.

Bien sûr il a été question de marques spécifiques : Webster, Webco, Wico (sur les John Deere) ainsi que sur le transfert, en termes d’avantage et d’inconvénients dans le cas des tracteurs, du magnéto au générateur. Pour en savoir plus et approfondir le sujet, Luc recommande une visite à http://www.old-engine.com/ (Harry’s Old Engine Home Page)

Cet exposé enthousiaste d’un membre fondateur de Machines d’Antan de l’Estrie est représentatif de la passion des membres, de leur intérêt, et surtout de leurs connaissances techniques et historiques sur ces ingénieuses «vieilles machines» qui ont jalonné la révolution industrielle des 19e et 20e siècles. Merci Luc pour cet «entretien» de notre motivation.

JP Gendron
le 9 mars 2009

Raymond Chagnon partage sa passion

Les membres du Club ayant participé à la réunion mensuelle de février ont eu le plaisir, et le privilège, d’apprécier l’exposé d’un membre de longue date, aussi passionné d’histoires de machineries agricoles que collectionneur de tracteurs : Raymond Chagnon. Fort de son expérience de près de quatre décennies comme concessionnaire International Harvester (IH) à Coaticook et grand connaisseur de l’évolution de la mécanisation agricole au cours du 20e siècle, Raymond a sommairement établi l’historique des instruments aratoires et bien sûr de la force qui les met en mouvement, les tracteurs,

De Cyrus McCormick, inventeur de la moissoneuse-lieuse, jusqu’aux technologies contemporaines apparues dans les années 1970 autant chez IH que chez la concurrence, en passant par les innovations de
John Deere et de Harry Ferguson, notre conférencier, disons-le aussi émérite que volubile, nous a entretenu pendant une heure et demie des grandes étapes de la modernisation de l’agriculture à la lumière des conditions économiques qui ont prévalu au cours du dernier siècle.

Il a été question évidemment des grandes marques qui ont coloré l’activité des champs : Farmall, Ford, Case, John Deere, Massey-Harris, Ferguson, Cockshutt et d’autres moins connues comme Hart Parr, Minneapolis-Moline. Raymond a aussi abordé les stratégies de vente des fabricants ainsi que les relations compagnie-concessionnaires… pas toujours au beau fixe.

Des sujets connexes ont aussi été discutés suite aux questions des membres : le nombre de manufacturiers de tracteurs dans la première moitié du 20e siècle (plus de 180), l’introduction du design dans les tôleries et les particularités mécaniques de certaines marques, la valeur du patrimoine « tracteurs » ici comparativement au nord-est américain, le marché des pièces usagées ainsi que les raisons à la base de cette passion de collectionner et restaurer des machines d’un autre âge. Y aura-t-il une relève aux collectionneurs vieillissants que nous sommes? L’assemblée a conclu que la question demeure.

Somme toute, une présentation qui nous a davantage instruits sur les machines que nous « affectionnons », qui nous a fait mieux connaître un membre à l’érudition impressionnante sur les mécaniques agricoles et qui a ragaillardi notre motivation.

Bravo et merci Raymond!

Jean-Paul Gendron
Février 2009